Sept ans après la fouille préventive menée à Allonnes (Maine-et-Loire), l’étude du remarquable mobilier métallique découvert sur le site livre de nouvelles informations sur l’une des plus importantes agglomérations gauloises de l’Ouest de la France. Outils, armes, monnaies, objets de parure ou entraves témoignent de plus de huit siècles d’occupation et révèlent le rôle économique, artisanal et cultuel de ce site majeur de l’Europe celtique.

Réalisée en 2019 par les archéologues de l’Inrap dans le cadre d’un projet de lotissement, la fouille a mis au jour les vestiges d’une vaste agglomération fondée au IIIᵉ siècle avant notre ère. L’importance des découvertes a conduit la Direction régionale des affaires culturelles des Pays de la Loire à prolonger les recherches afin d’étudier plus finement cet ensemble exceptionnel. Les travaux révèlent aujourd’hui un site couvrant près de vingt hectares, organisé autour d’un quartier artisanal particulièrement actif et d’un vaste complexe cultuel occupé pendant près de huit siècles.

Déchets de métallurgie des alliages cuivreux (lingots, coulures de fonte, fragments de vaisselle recyclée). © Emmanuelle Collado, Inrap

Un centre majeur de la métallurgie gauloise

Située au croisement de plusieurs voies de circulation, l’agglomération d’Allonnes occupait une position stratégique favorable aux échanges commerciaux. Les archéologues ont identifié les traces d’une importante activité métallurgique. Les vestiges témoignent de la présence de forgerons, bronziers, chaudronniers et dinandiers travaillant aussi bien le fer que les alliages cuivreux. Parmi les découvertes figurent de nombreux outils, des barres de métal destinées à la fabrication d’objets, ainsi que des scories et des battitures issues des ateliers. De petits bâtiments sur poteaux pourraient avoir abrité des espaces de production ou des boutiques, tandis que les places ouvertes accueillaient probablement marchés et foires où circulaient productions locales et marchandises importées, notamment des amphores vinaires venues du monde romain.

Une découverte rare : des entraves humaines

Parmi les objets les plus remarquables figurent au moins cinq entraves en fer destinées aux poignets et aux chevilles. La découverte de ce type de mobilier est exceptionnelle pour la Gaule de cette période. Elle apporte un témoignage rare sur l’existence probable d’un commerce d’esclaves au sein de l’agglomération. Ces objets rappellent une réalité largement absente des vestiges archéologiques : celle des populations serviles, composées de captifs de guerre, de condamnés ou de personnes réduites en esclavage pour dettes.

Le sanctuaire, témoin de plusieurs siècles de pratiques religieuses

Le complexe cultuel mis au jour constitue un autre élément majeur du site. Fréquenté pendant près de huit cents ans, y compris après la conquête romaine, il a livré un abondant mobilier votif composé d’épées, de fers de lance, de fourreaux, de monnaies gauloises et romaines, mais aussi de fibules, bagues, amulettes, éléments de harnachement ou clefs. De nombreux objets présentent des traces de déformation volontaire. Les armes ont été tordues ou pliées, tandis qu’une part importante des monnaies a été cisaillée ou limée avant d’être déposée. Ces gestes rituels traduisaient la volonté de retirer à l’objet toute fonction utilitaire avant de l’offrir aux divinités.

Restaurer pour mieux comprendre

L’étude de cet important mobilier métallique s’est accompagnée d’un long travail de conservation-restauration. Les objets, souvent très fragilisés par la corrosion, ont été confiés au laboratoire Arc’Antique, à Nantes, où ils ont bénéficié de traitements spécifiques destinés à stabiliser les matériaux avant leur étude. Bains chimiques, microsablage ou interventions de précision au scalpel ont permis de préserver ces témoins exceptionnels. Les analyses conduites par les spécialistes permettent aujourd’hui de mieux comprendre les techniques de fabrication, les réseaux d’échanges, les activités artisanales et l’organisation sociale de cette importante agglomération gauloise.

Une découverte désormais partagée avec le public

Les résultats de ces recherches ont été présentés lors des Journées européennes de l’archéologie 2026 à travers une exposition réunissant plus de quatre-vingt-dix objets issus de la fouille, complétée par des conférences et des ateliers pédagogiques. Cette opération de médiation marque une nouvelle étape dans la valorisation de ce site exceptionnel, dont les découvertes renouvellent la connaissance des sociétés gauloises et illustrent l’apport de l’archéologie préventive à la compréhension de notre patrimoine.

Photo : Échantillon de monnaies gauloises, dont certaines ont été volontairement mutilées. © Emmanuelle Collado, Inrap