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Au coeur du grand projet de développement de la citadelle d’Amiens

Vue générale de la place d’Armes, avec au centre l’un des bâtiments modernes imaginés par l’équipe de Renzo Piano.
Photo : AC

Ce vaste ensemble militaire construit du 14e au 17e siècle, dont des éléments sont classés MH depuis 1840 et d’autres inscrits depuis 1978, est actuellement en plein travaux : la restauration de l’existant et l’ajout d’audacieux bâtiments contemporains vont faire de ce site historique l’un des projets architecturaux les plus remarquables de la région.

Édifiée à partir de 1390, la citadelle d’Amiens – dont la porte Montre-Ecu est un vestige de l’ancienne enceinte encore partiellement visible – a pris toute son importance au début du 17e siècle grâce à l’architecte Jean Errard sur l’ordre du roi Henri IV. Aujourd’hui, cet ensemble militaire se présente comme un vaste ouvrage pentagonal à cinq bastions précédé de larges fossés et bordé d’un chemin couvert. Construite en briques à chaînages de pierres saillantes, son architecture est typique de nombreux édifices civils ou militaires de la première moitié du 17e siècle. Elle est entièrement achevée en 1622. Après bien des tribulations, elle est rachetée à l’armée par la ville d’Amiens en 1993. Et aujourd’hui, elle va accueillir l’Université de Picardie Jules Verne à travers un spectaculaire développement : sur délégation de l’État, Amiens Métropole a confié le mandat de maîtrise d’ouvrage pour la réalisation à la SEM Amiens Aménagement qui a fait appel à l’agence Renzo Piano Building Workshop, le bureau d’études AIA Ingénierie, la direction des travaux CICAD, le tout sous l’œil de l’ACMH Richard Duplat. Célèbre dans le monde entier, l’atelier de Renzo Piano a signé des réalisations aussi diverses que le Shard à Londres, le musée Whitney à New York ou le nouveau Palais de justice de Paris.

Représentation de la place telle qu'elle se présentera à la fin des travaux
Représentation de la place telle qu’elle se présentera à la fin des travaux. Photo : Hugo Miserey / RPBW

Le projet architectural

Le projet se dessine autour des 3 000 m2 de la Place d’Armes. En la bordant de nouvelles constructions, elle devient un nouveau lieu de vie, de rencontres et de partage, constituée d’espaces d’animations et d’activités. Le grand casernement marque le nord du site. On y retrouve l’entrée de l’Université Picardie Jules Verne, sa bibliothèque, le restaurant du CROUS et le passage public conduisant vers le plateau nord. Deux immenses porches voûtés entourent l’entrée de l’université et le passage public. Les entrées de la bibliothèque universitaire et de la brasserie sont accessibles par des passerelles depuis la Place d’Armes. La toiture du casernement devient une terrasse-solarium végétalisée avec une pelouse rustique, des plantations et un sol rectangulaire. La grande arche d’entrée de l’université relie le nord grâce à une rue intérieure couverte par des vitres sur toute sa hauteur, avec trois bâtiments qui constituent les espaces pédagogiques. La charpente métallique de la grande arche, très fine, supporte les escaliers et les passerelles. Les trois bâtiments universitaires ont une architecture flexible et modulaire et mettent en valeur les parcours et la nature du site. L’est de la place regroupe la porte François Ier, la boulangerie et le petit casernement. Couvert par un préau qui s’étend au nord, le sud de la place reçoit des espaces d’animation. À l’est du préau, l’administration de l’Université est développée sur trois niveaux. Le logis du gouverneur comprend aussi l’administration, des vestiaires, des sanitaires publics et les trois logements des gardiens. À l’ouest, les anciennes écuries, entièrement rénovées, comprennent des salles de cours, des laboratoires de langues et des salles multimédias. Située au rez-de-chaussée et ouverte sur la place, une brasserie privée offre un point de vue exceptionnel. Elle est en liaison verticale avec deux salles superposées offrant des usages mixtes. À l’arrière de la brasserie, les amphithéâtres sont reliés entre eux par une rue intérieure nord/sud. Enfin, le plateau nord accueille le gymnase. Orienté vers la citadelle et situé dans la pente du site, il offre des points de vue vers les remparts. Le projet conserve les bâtiments les plus remarquables de la citadelle, tels que le logis du Gouverneur, le casernement et les écuries. Il préserve également les éléments bâtis protégés tels que la porte du ravelin de Montre-Ecu, classée Monument Historique depuis 1840, ainsi que les bâtiments inscrits à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1978 : la porte Royale, la porte Montre-Ecu, les façades et toitures du logis du Gouverneur surmontant ladite porte, et l’ensemble des fortifications ayant résisté aux assauts du temps.

La place est recouverte de modules Diabolo. Photo : AC
La place est recouverte de modules Diabolo.
Photo : AC

Des innovations très techniques en terre cuite

RPBW, AIA Ingénierie et Terreal ont conçu un revêtement en terre cuite original associé à un engazonnement capable de répondre à de multiples usages, baptisé Diabolo, à cause de sa forme évocatrice quand le produit est vu en coupe.
Le matériau permet de créer une place urbaine végétalisée où il sera possible de s’asseoir dans l’herbe. Inventé et breveté par Paul Vincent (RPBW) et Philippe Malé (Terreal) avec le soutien de la maîtrise d’ouvrage, le Diabolo est la troisième collaboration entre le cabinet d’architecture et le spécialiste de la terre cuite, que tous les professionnels du patrimoine connaissent surtout pour ses gammes de tuiles adaptées au bâti patrimonial. Le Diabolo a reçu une Appréciation Technique d’EXpérimentation (ATEx) délivrée par le CSTB. À la fois résistant aux charges sur un sol auto-drainant et capable de recevoir dans ses espaces intercalaires du terreau et de la pelouse, le Diabolo offre un environnement durable et convivial. Grâce à son format allongé (jusqu’à 130 cm), cette innovation en terre cuite permet de réaliser de grandes surfaces parfaitement horizontales.

Mise en oeuvre du Diabolo. Photo : AC
Mise en oeuvre du Diabolo.
Photo : AC

Sa forme est spécialement étudiée pour garantir une parfaite stabilité du produit. Le principe du système consiste à mettre en œuvre une superposition de différentes couches de graves et de sablons sur lesquelles le Diabolo est posé à l’aide d’agrafes en polyamide. Ces agrafes offrent une bonne résistance mécanique en raison de leur élasticité élevée. Elles permettent également de respecter l’effet anti-rotation et anti-soulèvement des éléments. Simple et pratique à mettre en place, ce revêtement nécessite peu d’entretien. Quand l’herbe a poussé, une tonte et un arrosage réguliers suffisent pour conserver l’ensemble des qualités intrinsèques du produit.
Et en cas exceptionnel de casse, le remplacement d’un élément s’effectue en moins de 15 minutes par simple changement, sans l’aide d’un spécialiste. À Amiens, le Diabolo est utilisé pour couvrir la Place d’Armes et la toiture du grand casernement.

 

couverture Atrium Construction Ce dossier est paru dans le numéro 69 d’Atrium Construction. Retrouvez l’intégralité du magazine sur www.kiosque21.com