À Blois, les archéologues de l’Inrap viennent d’achever une fouille d’envergure sur le site de l’ancien Hôtel-Dieu, avant sa réhabilitation par la société Histoire & Patrimoine. Une opération menée sous la tutelle de la Drac Centre-Val de Loire, qui met en lumière plus de mille ans d’histoire urbaine et monastique, entre vestiges médiévaux, découvertes picturales et traces de vie religieuse.
Un patrimoine enfoui au cœur du quartier de Foix
Implanté entre la rive nord de la Loire et le château royal, le site de plus de 6 500 m² a mobilisé deux équipes d’archéologues : l’une consacrée aux jardins de l’Hôtel-Dieu, l’autre à l’aile médiévale du bâti. Les recherches ont permis de retracer la genèse du lieu, depuis la fondation au Xe siècle de l’abbaye bénédictine Saint-Laumer de Blois, jusqu’à ses transformations successives en hôpital, puis en ensemble résidentiel.
Une peinture médiévale sortie de l’ombre
C’est l’une des découvertes majeures de cette campagne : un décor peint du XIIᵉ siècle, dissimulé derrière des maçonneries. La fresque, partiellement conservée, figure un personnage barbu entouré de motifs végétaux stylisés — notamment des palmettes blanches sur fond rouge. Ce décor, probablement intégré à une frise ornant la partie haute d’une salle voutée, témoigne du raffinement artistique de l’époque monastique.
Les analyses à venir, notamment sur les pigments (dont un bleu particulièrement rare), devraient éclairer la nature des matériaux employés et la fonction symbolique de cette pièce.
Une abbaye intégrée à la ville fortifiée
Les fouilles ont également révélé les traces d’un système défensif médiéval : au XIIIᵉ siècle, l’expansion de la ville a intégré l’abbaye à son enceinte fortifiée. Les archéologues ont pu étudier une galerie défensive édifiée au sommet des bâtiments, dont les créneaux et archèressont encore visibles dans les combles. À la fin du XVIIᵉ siècle, un bastion Saint-Laumer fut même construit pour renforcer la protection du site — démantelé seulement au XIXᵉ siècle.
Des aménagements plus récents : vivier et moule à cloche
Les transformations postérieures, notamment celles entreprises au XVIIᵉ siècle par la congrégation de Saint-Maur, ont profondément remodelé le monastère.
Les fouilles ont mis au jour un vivier enfoui sous l’actuel jardin, probablement intégré à la terrasse de l’aile Guillaume de la Tremblaye, et un moule à cloche de 1,50 m de diamètre accompagné de son four de fusion. Cette cloche, haute de près de 1,70 m, pourrait correspondre à l’une de celles encore en place dans le clocher de l’église Saint-Nicolas.
Entre recherche et restauration : la continuité d’un patrimoine vivant
Cette opération illustre le dialogue fécond entre archéologie préventive et restauration du bâti ancien.
Le groupe Histoire & Patrimoine, maître d’ouvrage de la réhabilitation, poursuit la transformation du site en résidence d’exception de 97 logements, tout en préservant les éléments architecturaux majeurs — façades, escaliers, charpentes et volumes historiques. L’enjeu : conjuguer authenticité et modernité, dans le respect d’un patrimoine pluriséculaire, au cœur de la ville royale de Blois.
Pour en savoir plus sur les fouilles et le projet de réhabilitation : www.inrap.fr – www.histoire-patrimoine.fr
