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De la méthode artisanale à l’ère industrielle

L’extraction de l’ardoise au sein de la carrière San Pedro a débuté en 1892. Au départ organisée autour de trois associés, l’activité a lentement évolué vers l’ère industrielle.
Aujourd’hui, ce sont près de 80 personnes en carrières ou dans l’un des trois ateliers qui produisent annuellement entre 25 000 et 30 000 tonnes.
Auréliano Fernandez, père de l’actuel PDG du groupe CUPA, nous livre livre témoignage sur cet essor. 

Le premier véritable atelier a été construit dans les années 60.
Le premier véritable atelier a été construit dans les années 60.

Quand a commencé l’extraction de l’ardoise à San Pedro de Trones ? 

L’ardoise des carrières de San Pedro de Trones est utilisée depuis des siècles pour la couverture des maisons des villages du Bierzo. Une simple visite des villages alentours permet de constater que certains ouvrages de plusieurs siècles portaient déjà en couverture des ardoises épaisses et rugueuses en provenance de ces carrières.

Au début du 19ème siècle, de nouvelles entreprises se sont spécialisées dans la production et la vente d’ardoise. C’est à cette époque qu’est née l’entreprise PIFORSA, sous l’impulsion d’Aureliano García Merayo et ses associés. Ils étaient les tout premiers promoteurs industriels ardoisiers de la région. Ils ont acquis les droits d’exploitation minière et les autorisations nécessaires pour cette activité. Après quelques années, c’est en 1918 que la société a été constituée de manière formelle comme en atteste un document encore en notre possession.

Et c’est pour cela que dans une encyclopédie actuelle, il est fait mention des Aurelianos pour désigner les familles d’exploitants de San Pedro de Trones et les définit comme des pionniers.

SanPedro3Quel type d’ardoise était extrait à San Pedro de Trones ? 

La pierre des carrières de San Pedro de Trones est d’une qualité inégalable, caractérisée par un son cristallin, l’absence d’oxydation et une excellente résistance à la flexion. Cette dernière qualité permet une exfoliation à des épaisseurs minimales, sans aucun défaut de planéité qui empêcherait leur mise en œuvre ultérieure.

Comment réalisait-on l’extraction de l’ardoise ? 

L’extraction de l’ardoise se réalisait par perçage manuel. De cette manière, on pouvait fractionner la taille des blocs de schistes pour réaliser ensuite son exfoliation ou fente.

Les premières foreuses présentaient une longueur d’environ un mètre. Au fur et à mesure que le perçage avançait, on changeait l’épaisseur et la largeur de coupe tous les mètres pour une grosseur inférieure, jusqu’à deux mètres de profondeur.

Actuellement, l’extraction d’ardoise se réalise grâce à des procédés entièrement mécanisés. On opère une perforation verticale et une autre horizontale, de telle manière que les deux forages se rencontrent. Un fil diamanté est glissé par cette perforation et celui-ci est entraîné par un moteur et scie la pierre de sorte qu’on fracture le bloc tandis qu’avant, cela était obtenu à l’aide d’explosif, ce qui diminuait le rendement.

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Les méthodes d’extractions, de découpe et de transport ont considérablement évolué. Pour autant, un maître fendeur continue à un rythme d’environ 4.000 ardoises/jour depuis plusieurs générations.

Comment fendait-on l’ardoise ? 

Même pour les très grands formats, il existe une règle pour l’exfoliation, ou la fente, de l’ardoise. Les blocs de schiste peuvent être fendus à partir d’un mètre d’épaisseur. Pour cette dimension, le mieux, et le plus sûr, c’est de diviser ce bloc en deux parties égales, puis de répéter l’opération jusqu’à obtenir des pièces de 25 cm. Passée cette dimension, il convient de prendre plus de précautions pour subdiviser les plaques finales sans qu’elles ne se cassent ou se fissurent. Bien que le procédé d’exfoliation ait peu évolué, ce qui a progressé, c’est l’optimisation des blocs afin de produire des ardoises plus fines.

Comment était transportée l’ardoise depuis les carrières ? 

Les chariots à traction animale représentaient le seul moyen de transport à l’origine. Petit à petit, ils ont été remplacés par les camions.

Lors du transport de l’ardoise, il fallait passer le Rio Sil. Pour cela, Víctor L. Orcazberro a construit une barge tirée par des poulies. Ainsi, à l’aide d’une corde, et de poulie bien graissée, le marinier traversait le Rio Sil à la force des bras, en transportant à chaque voyage deux cargaisons d’ardoise. Une fois le fleuve traversé, on continuait jusqu’au dépôt que la carrière possédait sur le quai de charge de la station de chemins de fer de Quereño.

Au début, on accédait à la carrière par un chemin de terre en piteux état mais dès 1952, l’accès fut amélioré pour permettre le passage des engins et des machines. Désormais, les conditions sont idéales évidemment.

La commercialisation de l’ardoise a-t-elle beaucoup évolué ? 

À l’origine, toute l’ardoise fabriquée était de type Granel (format irrégulier). L’unité de mesure était alors le mètre carré couvert et on en déduisait le nombre de plaques nécessaires à cela. Désormais, la production s’oriente essentiellement vers des modèles entre 3 et 7 mm, et les ardoises sont vendues par prix unitaire, ou au mille, selon leur format.

Quand la modernisation des carrières a-t-elle démarré ? 

Cette modernisation a été possible grâce au développement du chemin de fer depuis les années 1850. Un siècle plus tard, les deux premiers wagons d’ardoise de San Pedro sont partis vers la France en 1963, mais c’est à partir de l’année 1965 qu’a démarré la véritable expansion de l’ardoise. En effet, l’Espagne a ouvert ses frontières et nous avons découvert qu’en France, il existait de grandes entreprises dans ce secteur et un important marché pour notre matériau. Ainsi, en 1966 les trois associés de PIFORSA, César Mallo, Bautista López et moi avons été invités par Les Ardoisières d’Angers pour visiter leurs carrières. Ce que nous avons vu nous a éblouis. Les Ardoisières d’Angers disposaient de carrières souterraines optimales et d’un niveau de mécanisation extraordinaire. 2500 ouvriers et 30 ingénieurs composaient l’équipe productive. La demande en ardoise, à cette époque, était tellement importante qu’ils mettaient plus de huit mois à satisfaire les commandes.

Alors que nous, nous restions avec des méthodes de production d’un autre temps. C’est pour cela qu’en voyant leurs techniques et leur développement industriel, nous n’avons pas tardé à reproduire ce que nous avions vu. Si bien qu’en 1969, PIFORSA entreprit la construction du premier atelier industriel, au pied de la carrière.

À partir de ce moment, les productions sont allées crescendo, l’atelier a été agrandi, quelques carrières limitrophes furent achetées, avec leurs ateliers attenants. Tout cela sans oublier que nos ventes, au départ exclusivement situées en France, s’étendirent petit à petit vers d’autres pays, certains bien éloignés comme l’Australie par exemple !

Depuis qu’elle est en activité, la carrière San Pedro a délivré près de deux millions de tonnes d’ardoise. Les sondages sont aujourd’hui effectués à plus de 100 m de profondeur et leurs résultats garantissent des réserves pour encore bien longtemps.

Visite de la carrière de San Pedro et des ateliers par le Roi Juan Carlos
Visite de la carrière de San Pedro et des ateliers par le Roi Juan Carlos

Quel souvenir particulier vous reste-t-il de votre travail d’entrepreneur dans le monde de l’ardoise ? 

Mon souvenir le plus marquant est la visite que Ses Majestés le Roi et la Reine d’Espagne firent au Bierzo. Ils choisirent l’exploitation de San Pedro de Trones en tant que référent de l’industrie ardoisière. Grâce à cela, j’ai eu l’opportunité d’être le serviteur de Don Juan Carlos I, et de lui expliquer tout ce qui concernait notre métier.

Je ne saurais taire l’anecdote qui est survenue en expliquant à Sa Majesté le travail qu’était en train de réaliser un ouvrier: il me demanda si celui-ci pouvait recommencer son action, ce à quoi j’accédais, naturellement. À ce moment, le Chef du protocole de Sa Majesté me tira par la manche et me confia : « Dîtes à Sa Majesté que nous allons nous mettre en retard sur l’horaire ». Le Roi, qui l’avait entendu, me répondit alors « Dîtes lui qu’il me laisse tranquille, car ce que je suis en train de voir me plaît ! ».

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