Une fouille préventive de l’Inrap à Senon, dans la Meuse, a permis d’explorer une superficie d’environ 1 500 m² située au cœur de l’agglomération antique. L’opération, menée sur prescription de l’État, documente plusieurs phases d’occupation allant de La Tène finale à l’Antiquité tardive. Parmi les découvertes majeures figurent trois dépôts monétaires enfouis dans un ensemble d’habitations.

Les premiers vestiges mis au jour renvoient à une agglomération gauloise structurée, composée de constructions en matériaux périssables identifiées par des fosses, fossés et trous de poteaux. La densité des structures et leur nature suggèrent l’existence d’un des pôles importants du territoire médiomatrique avant l’intégration du site dans le réseau urbain romain.

À partir de la fin du Ier siècle, le quartier connaît une transformation marquée par l’usage de la pierre locale. L’îlot fouillé s’organise de part et d’autre de deux rues empierrées bordées de maisons dotées de sols en béton de chaux, d’hypocaustes, de caves et de pièces domestiques ou artisanales. La proximité de la place publique, de lieux de culte, de thermes et d’un théâtre indique un environnement urbain actif, probablement occupé par des artisans et des commerçants. Deux incendies successifs, au début puis au milieu du IVe siècle, entraînent d’abord une interruption de l’occupation puis l’abandon du quartier.

C’est dans ce contexte que trois dépôts monétaires ont été découverts. Chaque ensemble était contenu dans une cruche ou une amphore enterrée dans une pièce d’habitation, les goulots des récipients affleurant le niveau de circulation. Les dépôts sont datés entre 280 et 310 apr. J.-C. et semblent avoir été constitués de manière organisée. Les archéologues envisagent l’hypothèse d’une gestion monétaire domestique ou locale plutôt que celle d’un enfouissement lié à un épisode d’instabilité. L’analyse des milliers de monnaies est en cours et permettra de préciser la nature et l’usage de ces dépôts.

La découverte de ces ensembles monétaires, rares en contexte archéologique préservé dans la région, apporte des données nouvelles sur les pratiques économiques et les rythmes d’occupation d’un quartier situé en marge de la fortification antique. Les résultats de l’étude contribueront à une meilleure compréhension des dynamiques urbaines et sociales de l’agglomération antique de Senon.

Photo : Un des dépôts monétaires en cours de fouilles © Lino Mocci, Inrap