Une équipe de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) mène actuellement une fouille sur la base navale de Toulon, à l’emplacement des futures infrastructures destinées au porte-avions de nouvelle génération. Réalisée sous la prescription de l’État par le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm, ministère de la Culture), cette opération met en évidence une occupation du site allant du début de l’Antiquité à la période moderne. Première intervention archéologique menée à l’intérieur de la base navale, cette fouille documente l’évolution du secteur depuis les premières installations, antérieures à la fondation de la ville romaine de Telo Martius au Ier siècle avant notre ère, jusqu’à l’occupation par la Marine royale, puis nationale, à partir de la fin du XVIIe siècle.
Des traces d’occupation antique sur l’ancienne île Milhaud
Jusqu’aux années 1930, le site correspondait à une petite île distincte du littoral. Les vestiges les plus anciens datent du IIe siècle avant J.-C., période marquée par la coexistence de populations gauloises, grecques et romaines. Les structures mises au jour, réparties sur plusieurs milliers de mètres carrés, regroupent probablement des zones d’habitat et des espaces liés à des activités artisanales, commerciales et halieutiques. Le mobilier découvert, composé notamment de céramiques et de monnaies, témoigne d’échanges soutenus avec le reste du bassin méditerranéen, en particulier avec l’Italie du Sud. Les archéologues envisagent l’hypothèse d’un atelier monétaire local, qui pourrait être confirmée au cours de la fouille.
Des vestiges liés à l’histoire maritime du site
À partir de la fin du XVIIe siècle, la Marine royale installe sur l’île Milhaud une poudrière destinée à l’approvisionnement des navires en poudre et en munitions. À proximité, les archéologues ont dégagé un quai d’environ 80 mètres de long, remarquablement bien conservé. Sa structure sur pieux en bois, ainsi que ses aménagements (escaliers, dispositifs de levage), feront l’objet d’une étude détaillée. Le fond marin pourrait également livrer des vestiges liés à l’usage du quai ou à des occupations plus anciennes.
Une fouille combinant méthodes terrestres et subaquatiques
Le site, aujourd’hui rattaché à la terre ferme, recouvre un ancien bras de mer. Pour étudier le quai et son environnement portuaire, l’Inrap a choisi de remettre temporairement en eau une partie du secteur afin de permettre aux archéologues plongeurs d’intervenir dans des conditions proches de celles d’origine. Cette approche conjointe illustre la complémentarité entre archéologie terrestre et subaquatique.
Un projet intégré à l’aménagement du futur porte-avions
Ces fouilles préventives accompagnent le projet d’aménagement de la base navale, qui vise à doter Toulon d’infrastructures adaptées au futur porte-avions, prévu à l’horizon 2035. Le Service d’infrastructure de la défense (SID) conduit ce programme, qui contribuera à moderniser les capacités portuaires du site militaire.
Photo : ©Flore Giraud, Inrap
