À Dijon, une opération archéologique menée rue Turgot, au sud de l’ancien couvent des Cordeliers, a mis en évidence une succession d’occupations allant du second âge du Fer à l’époque contemporaine. Parmi les découvertes majeures figurent des inhumations gauloises en position assise, particulièrement rares, ainsi qu’une nécropole gallo-romaine dédiée aux très jeunes enfants.
Un site aux occupations successives
Située à proximité immédiate du tracé de l’ancien rempart moderne, l’emprise de fouille s’inscrit dans un secteur déjà connu pour la richesse de ses vestiges, avec des occupations identifiées dès la fin de la période gauloise.
Les nouvelles investigations confirment cette stratification, révélant une évolution progressive des usages, depuis une vocation funéraire jusqu’à des pratiques agricoles, avant l’intégration du site dans les jardins du couvent des Cordeliers à l’époque moderne.
Des inhumations gauloises en position assise
Les niveaux les plus anciens ont livré une série d’au moins une vingtaine de sépultures attribuables au second âge du Fer. Ces inhumations présentent une caractéristique remarquable : les défunts sont déposés en position assise, selon un protocole homogène.
Installés au fond de fosses circulaires, les individus reposent le dos contre la paroi, orientés vers l’ouest, les membres inférieurs fortement fléchis. L’absence quasi systématique de mobilier funéraire renforce l’hypothèse d’une pratique codifiée.
Les premières analyses anthropologiques indiquent une population exclusivement masculine, composée d’adultes âgés de 40 à 60 ans. Plusieurs individus présentent des traces de violences non cicatrisées, suggérant des mises à mort intentionnelles.

Fouille en cours de deux sépultures d’individus assis © Christophe Fouquin – Inrap
Une pratique funéraire encore mal comprise
Ce type d’inhumation reste rare à l’échelle de la Gaule. Une cinquantaine de cas comparables sont recensés, majoritairement dans le nord de la France et en Suisse, souvent en périphérie d’habitats ou à proximité de lieux de culte.
L’uniformité des gestes funéraires observés à Dijon, ainsi que la sélection des individus, interrogent sur leur statut. Plusieurs hypothèses sont envisagées : membres d’élites, guerriers, figures liées à des pratiques rituelles ou politiques.
Une nécropole gallo-romaine dédiée aux enfants
À cette première occupation succède, au Ier siècle de notre ère, une nécropole gallo-romaine regroupant 22 sépultures d’enfants âgés de moins d’un an. L’absence d’individus plus âgés suggère un espace spécifiquement dédié à cette tranche d’âge.
Les pratiques observées sont conformes aux usages antiques : inhumations en position allongée, présence de coffrages en pierre ou de cercueils en bois attestés par des clous, et dépôts d’offrandes (monnaies, céramiques).
L’organisation des tombes en petits groupes alignés témoigne d’une structuration de l’espace funéraire, aujourd’hui partiellement altérée par des aménagements postérieurs.
De l’espace funéraire à l’exploitation agricole
L’évolution du site se poursuit avec l’installation de fosses de plantation, probablement d’époque gallo-romaine. Disposées en rangées régulières, ces structures pourraient correspondre à des pratiques agricoles, possiblement viticoles.
Leur implantation au sein de l’ancienne zone funéraire confirme un changement d’usage du site, marqué par l’abandon des fonctions funéraires au profit d’une exploitation agricole.
Des aménagements modernes et contemporains
Les niveaux supérieurs témoignent de l’intégration du site dans les jardins du couvent des Cordeliers à l’époque moderne. Des couches épaisses de terres de jardin, ainsi que des niveaux de circulation associés, ont été identifiés.
Des indices d’activités artisanales, notamment liées à la boucherie, ont également été mis au jour. À l’époque contemporaine, le secteur est partiellement remanié par des constructions adossées au rempart, avant leur disparition à la fin du XIXe siècle.
Une lecture renouvelée des occupations anciennes de Dijon
Par la diversité et la qualité des vestiges mis au jour, l’opération de la rue Turgot apporte un éclairage nouveau sur l’organisation des espaces funéraires et des occupations anciennes à Dijon.
Elle confirme l’existence d’une occupation gauloise structurée, tout en documentant les transformations progressives des usages, du sacré vers l’agricole, puis vers des fonctions urbaines plus récentes.
Photo d’ouverture : Vue générale d’une partie de la fouille après le second décapage © Christophe Fouquin – Inrap
