À l’occasion de son dixième anniversaire, la Cité internationale de la tapisserie à Aubusson franchit une nouvelle étape avec l’ouverture, en janvier 2026, d’une extension muséale de 1 600 m². Cette réalisation s’inscrit dans un projet global de valorisation d’un savoir-faire inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO : la tapisserie d’Aubusson.
Conçue par l’Projectiles, l’extension affirme une écriture contemporaine assumée tout en dialoguant avec l’édifice existant, installé depuis 2016 dans l’ancienne École nationale d’art décoratif d’Aubusson, réhabilitée par l’Terreneuve.

Vue in situ de l’exposition inaugurale ©Sylvain Jouve
Un monolithe gravé dans le paysage
Implanté au sommet du jardin nord, face à la Tour de l’Horloge, le nouveau bâtiment se présente comme un monolithe sculpté, dont la surface gravée évoque les motifs et la trame des tapisseries. Ce choix formel confère à l’extension une présence forte, sans rompre l’équilibre architectural du site.
L’organisation intérieure articule quatre salles d’exposition réparties sur deux niveaux, des espaces de réserves et une galerie souterraine reliant l’extension à la grande nef du musée. Cette continuité discrète assure la fluidité des parcours tout en préservant la lisibilité des volumes existants.
Au-delà de l’augmentation des surfaces, l’enjeu est patrimonial : offrir des conditions de conservation et de présentation adaptées à des œuvres textiles de grandes dimensions, dont certaines tentures contemporaines monumentales. L’extension permet ainsi d’intégrer dans de meilleures conditions les ensembles permanents et de développer une programmation temporaire ambitieuse.
Patrimoine vivant et création contemporaine
L’exposition inaugurale, La Tapisserie d’Aubusson au XXIe siècle (du 18 janvier au 12 mars 2026), accompagne cette ouverture en mettant en lumière l’évolution récente du médium. Près de soixante œuvres illustrent la diversité des écritures plastiques contemporaines et le dialogue renouvelé entre artistes et lissiers.
Le parcours explore les défis techniques actuels – textures, nuances chromatiques, effets de matière – ainsi que l’élargissement du champ de la tapisserie vers des formes volumétriques et expérimentales. Cette approche souligne la capacité d’un savoir-faire séculaire à intégrer les problématiques esthétiques et conceptuelles du XXIᵉ siècle.
Une institution au croisement du musée et de l’atelier
Depuis quinze ans, la Cité ne se limite pas à une fonction muséale. Labellisée Musée de France, elle constitue un pôle structurant pour l’écosystème textile d’Aubusson et de Felletin : formation professionnelle, ateliers de tissage, résidences d’artistes, centre de ressources et partenariats avec les manufactures locales.
La seconde phase de développement prévoit notamment l’ouverture, fin 2026, d’un « Lab. des savoir-faire » installé dans un bâtiment industriel réhabilité à proximité immédiate. Cette articulation entre conservation, transmission et production confirme la singularité du modèle aubussonnais : un patrimoine vivant, inscrit dans un territoire et tourné vers l’avenir.
Une extension comme manifeste
Plus qu’un agrandissement fonctionnel, l’extension signée Projectiles constitue un geste architectural qui affirme la place de la tapisserie dans la création contemporaine tout en respectant le site historique. Le dialogue entre patrimoine bâti, paysage et expression architecturale actuelle traduit une ambition claire : faire d’Aubusson un lieu où mémoire et expérimentation s’entrelacent.
À l’heure où les institutions patrimoniales interrogent leurs modèles de développement, la Cité internationale de la tapisserie propose un exemple d’extension pensée comme outil de transmission, de conservation et d’innovation.
Photo Cité internationale de la tapisserie ©Sylvain Jouve

