Les recherches archéologiques menées au château de Pierre-Percée (Meurthe-et-Moselle) apportent un nouvel éclairage sur l’histoire de cette forteresse médiévale perchée sur un spectaculaire éperon rocheux. Réalisées dans le cadre des travaux de sécurisation et de réouverture du site au public, ces investigations permettent de mieux comprendre l’organisation du château, son évolution entre le XIIe et le XVIIe siècle, ainsi que les conditions de son abandon.

Cette nouvelle campagne complète les premières fouilles réalisées entre 2020 et 2022 et affine progressivement la restitution du plan de l’ancienne résidence des comtes de Salm.

Le fragment de stèle funéraire au moment de sa découverte, 2025. ©A. Lacaille, Inrap

Un château médiéval qui se dévoile peu à peu

Les premières recherches avaient déjà permis de dater les principales phases de construction du château. Mentionné dans les textes au milieu du XIIe siècle, le site semble toutefois avoir connu une occupation légèrement antérieure, attestée par quelques fragments de céramique.

Les archéologues avaient notamment identifié une imposante tour-beffroi édifiée à la fin du XIIe siècle, rapidement complétée par un logis seigneurial. Une seconde grosse tour, construite aux XIIIe ou XIVe siècles, vient renforcer le dispositif défensif à l’extrémité opposée de l’éperon rocheux.

Les nouvelles investigations permettent aujourd’hui de préciser l’organisation des remparts, des circulations et des différents espaces du château.

De nouvelles découvertes sur les fortifications

Les sondages réalisés au pied de la tour principale ont mis en évidence les vestiges d’un aménagement antérieur à sa construction ainsi que les traces d’un mur de clôture jusqu’alors uniquement connu par les représentations anciennes.

À l’emplacement du futur belvédère, l’étude stratigraphique révèle plusieurs états successifs du mur d’enceinte. Les archéologues ont également confirmé l’existence d’une tour figurant sur un dessin réalisé en 1755.

Dans la tour orientale, les observations menées au niveau d’une importante faille géologique suggèrent l’existence d’une ancienne poterne, une porte secondaire fortifiée destinée à faciliter les déplacements ou les sorties défensives.

Une résidence seigneuriale richement équipée

Le mobilier découvert témoigne à la fois de la fonction militaire du château et du niveau de confort de ses occupants.

Des carreaux d’arbalète et des billes de plomb rappellent le rôle défensif de la forteresse, tandis que des carreaux de poêle décorés illustrent le raffinement des espaces résidentiels.

Les archéologues ont également mis au jour un fragment de stèle funéraire inédit sur le site. Cette découverte pourrait être liée à la chapelle du château, connue par les sources historiques mais dont l’emplacement reste encore inconnu.

Les recherches ont par ailleurs permis d’étudier le grand puits creusé dans le rocher, probablement à l’origine du nom de « Pierre-Percée », ainsi que plusieurs aménagements destinés à son exploitation.

Les traces de la guerre de Trente Ans

Les fouilles apportent également des informations sur les derniers temps d’occupation du château.

Une importante couche charbonneuse observée sous les remblais de démolition correspond vraisemblablement à l’incendie provoqué lors de la prise du château par les troupes suédoises en 1636, pendant la guerre de Trente Ans.

L’abandon du site est ensuite marqué par l’accumulation progressive de niveaux forestiers, avant que de nouvelles traces d’occupation militaire n’apparaissent durant la Première Guerre mondiale, en lien avec les combats du col de la Chapelotte situé à proximité.

Un patrimoine bientôt accessible au public

Cette nouvelle campagne de fouilles accompagne les travaux destinés à sécuriser les vestiges et à améliorer les accès au château en vue de sa réouverture au public.

En parallèle des recherches de terrain, les archéologues poursuivent l’étude des maçonneries, des structures conservées et des différentes phases de construction afin de restituer avec toujours plus de précision l’organisation de cette forteresse médiévale.

Ces nouvelles connaissances permettront d’enrichir la future visite du site et de mieux faire comprendre l’évolution d’un château qui constitue l’un des principaux témoins de l’histoire médiévale des Vosges du Nord.

Photo : Face sud de l’éperon rocheux où s’installe le château, au moment des travaux, 2025. ©R.Schwerdtner, Inrap