Dans le cadre de la 25e édition du Salon international du patrimoine culturel, les professionnels du secteur sont plus que jamais conscients des difficultés économiques liées au désengagement de l’État et au manque de valorisation de nos savoir-faire. Certains ont fait le choix de naviguer entre restauration et création : entre l’artisan et l’artiste, le fossé est-il si large ?

Dossier réalisé par Orianne Masse

Aude Tahon
©Aurélia Blanc

Atrium : Pourquoi ce choix ?

Aude Tahon : Ce thème permet de concentrer un ensemble de sujets, à la fois en s’appuyant sur le secteur du patrimoine et en se tournant vers l’avenir. C’est l’occasion d’aborder les nouvelles technologies, mais aussi les enjeux de transmission et de formation, qui sont un réel sujet d’actualité, tout comme l’incendie de Notre-Dame qui cristallise ces problématiques.

Depuis un an et demi, nous sommes très engagés pour porter la voie des professionnels des métiers d’art face aux réformes engagées par le gouvernement, tant sur les volets de la formation, de l’apprentissage, de la réglementation sur les matières que sur celui de la représentation syndicale et professionnelle. Nous travaillons également à rendre visible l’ensemble du secteur : le Salon est aussi l’occasion de montrer la nature transversale de nos métiers, oscillant entre patrimoine et création. 

Atrium : Quel est le lien entre patrimoine et création ?

Aude Tahon : Les professionnels des métiers d’art peuvent intervenir aussi bien en restauration qu’en création. Les marchés en développement sont ceux liés à la création, c’est une valeur distinctive, la « patte de l’atelier », que les clients viennent chercher dans nos entreprises.
Il y a dix ans, notre syndicat comptait peu d’entreprises du patrimoine parmi ses membres ; aujourd’hui, c’est le mouvement inverse, nous portons les mêmes enjeux et le Salon du patrimoine a permis de nous rencontrer et nous fédérer.
De plus, la définition officielle des métiers d’art adoptée dans la loi Artisanat, Commerce et TPE précise cette dimension créative. Cette définition ratifiée en 2014 est très importante pour nous, car elle a été établie et reconnue par l’ensemble des professionnels du patrimoine, artisans d’art, artistes auteurs, manufacturiers. Elle inscrit bien l’identité commune et transversale de notre secteur de métiers d’art.

Atrium : Le projet de création d’une branche professionnelle spécifique aux métiers d’art va-t-elle dans ce sens ?

Aude Tahon : Oui, notre secteur est morcelé artificiellement du fait de la diversité des statuts d’exercice de nos métiers et de notre éclatement au sein de grandes branches professionnelles industrielles. Pourtant, notre diversité est notre force et nous partageons les mêmes enjeux, notamment en matière de formation.
Les professionnels sont sollicités pour former ou accueillir des apprentis, des stagiaires, ou intervenir lors de workshops, sans pour autant que ce rôle soit reconnu.
Nous parlons d’ateliers-écoles pour caractériser ces situations de formation auxquelles prennent part les professionnels.
Nous demandons qu’ils soient reconnus et pris en compte pour élaborer les référentiels des programmes. Ils ont la connaissance des savoir-faire, mais aussi de l’environnement économique et des marchés, et de la gestion de l’entreprise métier d’art au quotidien. D’autre part, la nomenclature des activités française actuelle ne recense pas l’ensemble de nos métiers, ce qui empêche de nous identifier et nous rendre visibles sur les marchés. Nous subissons aussi les normes de la réglementation européenne (notamment sur les matières et matériaux) qui sont calées sur une production industrielle, et ne sont pas adaptées à la production en pièces uniques ou en petites séries, ni à la taille des entreprises. De même, nos attentes sociales et fiscales ne sont pas les mêmes que celles des industriels. Les dernières actualités relancent en boomerang l’ensemble de ces enjeux, ce qui montre bien la pertinence de notre engagement.

Conférence édition 2018
Démonstration sur le salon, édition 2018
©PhotoproEvent

Salon international du patrimoine culturel 2019 : « Futur en héritage » Orientations de programmation

L’incendie de Notre-Dame en avril dernier permettra d’aborder plusieurs thèmes fondamentaux comme les sources de financement actuels ou encore le Code du patrimoine. Ce drame a montré l’engouement des Français pour les monuments, mais également leur méconnaissance des dispositifs législatifs les protégeant. « Ainsi, nous aimerions présenter les grands fondements de ce Code au grand public, et évoquer les modifications ou contournements évoqués à la suite de l’incendie », précise Aude Tahon. La visibilité des métiers d’art sera un sujet traité en partenariat avec les architectes du Patrimoine. « Nous échangeons avec les architectes pour identifier les besoins communs et résoudre pour les entreprises les difficultés d’accès aux appels d’offres », explique Aude Tahon. Un temps d’échanges et de rencontres sera consacré à cette question sur le Salon.

Programme complet à retrouver sur place et sur le site : www.patrimoineculturel.com